Samia Manel à la recherche du soi à travers les mots.

Samia Manel

© Sido Charchour

L’Homme est doté de cette extraordinaire faculté qui le différencie de toute autre espèce peuplant la planète : La parole !

Depuis sa découverte, elle est devenue une arme absolue, capable du pire comme du meilleur. Le mal et le remède à la fois, la parole incarnée dans le mot est tordu dans tous les sens, tantôt stupéfiante et tantôt stupide et banale, elle n’est jamais anodine.

Samia Manel, slameuse et musicienne, fait partie de ces personnes qui usent du mot pour en faire quelque chose d’utile, pour elle-même d’abord et puis pour les autres, et à l’écouter nous en arrivons presque à douter qu’elle ne fasse plus pour les autres que pour elle-même.

L’écriture comme clé de voûte, un carburant, un refuge, un moyen de comprendre sa place dans le monde et ensuite celle des autres dans son propre monde. C’est par ces mots que Samia nous parle de la place qu’a l’écriture dans sa vie.

Depuis toute petite elle écrit, pour se libérer, pour prouver que nous sommes tous fondamentalement liés par les mêmes peurs, les mêmes envies, les mêmes blessures… C’est donc armée de sa plume et de sa guitare qu’elle se dévoile, sur scène ou sur YouTube, pour chuchoter avec beaucoup de tendresse des mots, des baumes parfumés de poésie qui nous font sentir que nous ne sommes pas seuls, que nous le serons jamais. 

Samia Manel comme beaucoup de jeunes filles et de jeunes garçons de sa génération, n’a rien connu d’autre qu’une Algérie étouffée par des poids invisibles, insensés, face à la révolte que nous connaissons actuellement nous avons voulu savoir ce qu’une jeune fille de 26 ans pouvait ressentir, et c’est avec une lucidité frappante qu’elle nous répond : “Beaucoup de peur, mais aussi beaucoup d'espoir, nous avons attendu ce moment pendant des années. C'est un déclic qui pourrait réellement nous apporter le changement dont nous avions besoin. Je pense que cela va prendre beaucoup plus de temps que prévu, car le changement ne se fait pas en un mois ni en une année. Il va nous falloir de la patience et beaucoup de positivité, mais surtout, énormément de tolérance et d'unité.”

Consciente de sa responsabilité d’artiste, la slameuse émérite tente à travers ses textes, avec beaucoup de talent et de clairvoyance, d’expliquer qu’on ne peut continuer à rêver sans notre unité, que nos différences sont au fond complètement naturelles et elles ne doivent pas être prétexte à nous séparer. Accepter la pluralité des voix, refuser la violence… son message est simple mais loin d’être simpliste : “La révolution ne peut se faire que dans le vivre ensemble et l’Algérie ne peut entamer sa guérison que dans la tolérance et le pacifisme”

Dans ses rêves comme dans ses textes, l’artiste voit une Algérie plurielle, libre, démocratique, où les libertés individuelles seront célébrés. Une Algérie respirant à travers les rires de sa jeunesse, une Algérie où la réussite connaît plusieurs scénarios, une Algérie où l’exil ne sera plus synonyme de réussite, une Algérie consciente de la présence de l’autre et respectant toutes ses différences : “J’en rêve mais je pense que c’est possible avec du temps et de la patience, j’y crois vraiment”

Y croyons-nous assez ?

Reslane Lounici

© Nadjib Benatia                                               

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