Réda Seddiki

Reda Seddiki Prosélyte

© Philippe Tolédano

A la tête de deux mètres de liberté, Réda Seddiki partage ses pensées, mises au goût de l’actu, avec humour, ironie et beaucoup d’intelligence. Ce matheux doué pour les chiffres, doublé d’un amoureux de lettres et d’expression a fait des planches sa seconde maison et fait résonner des rires aux quatres coins de la France.

Réda Seddiki n’a pas peur des mots, il en joue et il le fait très bien. Ses mots, aujourd’hui, ne sont pas pour rire mais pour espérer…

Rencontre avec celui qui, sur l’autre rive, nous parle de son amour de pays.

Alors que plus personne ne croyait au changement, une déferlante de révolte et d’espoir a secoué l’Algérie. Le pays est plus que jamais vivant et en mouvement, quel est ton ressenti face à cette situation historique ?

Très souvent, voire tout le temps, dans l’histoire de l’humanité, un sentiment existe bien avant son expression. C’est le cas devant ces évènements, je ne trouve toujours pas les mots pour exprimer ce que je ressens, mais je vais quand même essayer de lever le voile sur ces pulsions qui sont toutes nouvelles pour moi. J’ai vraiment l’impression de réaliser un fantasme, j’ai toujours rêvé de ce moment, je l’ai désiré, je l’ai imaginé, je l’ai comme vécu plusieurs fois mais dans ma tête. Il était comme un mirage et aujourd’hui il est réel, nous y sommes ! Le peuple est dehors, unis, conscient de sa dignité, de ses droits. Les Algériens scandent des slogans révolutionnaires dans la joie, avec beaucoup d’humour, de subtilité, de finesse, de raffinement. L’identité algérienne est en train de s’exprimer à travers ce mouvement tout simplement. La vraie identité, pas celle qu’on nous a collée, mais celle qui nous fait. Au delà de la politique, ou du gouvernement, ce qui est beau c’est qu’aujourd’hui, l’être humain algérien exprime enfin ce qu’il est, l’assume, ne le cache pas… Je n’ai pas encore les mots, mais le sentiment est là.

Avant ce mouvement et jusqu’aujourd’hui, tu fais beaucoup référence à l’Algérie à travers tes stories et tes capsules vidéos. En ce sens, penses-tu mettre ta pierre à l’édifice de ce changement ? Comment se positionne t-on quand on est artiste ?

Le rôle de l’artiste dans le changement, très bonne question. L’artiste est là pour prendre en photo un instant et laisser le libre arbitre au spectateur d’en faire sa propre interprétation. Les artistes sont là pour raconter cette révolution et surtout imaginer sa suite. Les artistes sont là pour décrire ce qui se passe, ce qui nous entoure, le raconter l’embellir, le romancer. L’artiste fabrique un témoignage qui existera jusqu’à la fin des temps. L’artiste est né pour être éternellement en révolution. L’artiste crée une utopie, « L’utopie algérienne », ce serait pas mal comme titre pour un roman, non ?  En espérant qu’un jour, cette utopie, ce rêve, cette envie, deviennent réalité. L’artiste est là certes pour photographier l’instant présent mais aussi pour donner une impulsion au futur, c’est un visionnaire, un avant-gardiste. Il a annoncé cette révolution il y a quelques années, le peuple a pris le relai, à l’artiste d’imaginer la suite, le peuple suivra. L’art est un catalyseur de société…

L’hyperconnexion nous a plongé dans une ère de surinformation qui s’accentue par ces temps de révolution. Comme beaucoup, tu es toi aussi un jeune connecté, que penses-tu de tous ces flux d’information ?

C’est notre époque, nous devons vivre avec, nous devons nous acclimater à cela et apprendre à faire le tri. Il est vrai que c’est dur de distinguer une bonne d’une mauvaise information, le gentil du méchant. Cette abondance d’informations accentue le flou dans lequel nous sommes actuellement. Mais il faut s’adapter, avoir une discipline de lecture, de recherche d’information, c’est nécessaire. Notre cerveau n’est pas capable d’assimiler autant, il faut donc le ménager. C’est comme un estomac, à un moment il est rassasié et on ne peut manger plus au risque de mal finir. De même pour le cerveau, il faut lui donner ce dont il a besoin et s’arrêter au bon moment, éviter la gourmandise et je dirai même, parfois avoir recours à un régime d’informations. Pourquoi pas le ramadan de l’info ? Ça ferait du bien à tout le monde…

Cet élan révolutionnaire fait bouillonner plus d’un esprit et multiplie les rêves d’Algérie.  L’Algérie de demain, comment la rêves-tu?

Franchement, je rêve d’une chose en particulier, de l’Académie de la langue Algérienne. J’y pense jour et nuit et j’espère que je serai vivant le jour où la langue algérienne existera avec sa grammaire, sa conjugaison, ses règles. J’espère que je serai là pour lire le premier roman écrit en Algérien. D’ailleurs, dans la vie de tous les jours, je ne dis plus dialecte, je milite pour qu’au moins dans les têtes, elle soit considérée comme une langue à part entière. Récemment, on m’a demandé combien de langues je parlais, j’ai répondu 4 : Arabe, Français, Anglais et bien sur ma langue maternelle l’Algérien. Il est important de l’avoir et la définir car c’est elle qui nous permet d’échanger communiquer, de transmettre. La langue c’est la pédagogie, c’est le partage. Une langue est porteuse de valeurs et il est temps que nous ayons la nôtre.


Comme Réda, nous avons chacun nos deux mètres de liberté. Tout comme les artistes faisons entendre notre voix, occupons l’espace et il nous reviendra...

Ouerdia Ousmer

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