Mehdi Hachid : L’Algérie dont je rêve est l’Algérie d’aujourd’hui

Manif

© Mehdi Hachid

Artiste pluriel, Mehdi Hachid est aujourd’hui à la tête de l’agence de production Contrast qu’il a fondé en 2015. Grâce à ses images il a réalisé des projets tel que « Les'Arts » Réseau Art et Culture, collectif artistique indépendant ou «Timber Project » programme d’échange entre le sud et le nord du pays, il réalise en 2018 un film documentaire relatant l’histoire d’un grand nom de la musique, Safy Boutella.


 Quel est ton ressenti face à la situation extraordinaire que vit actuellement le pays ?

Je suis heureux de prendre ma caméra et sortir prendre des photos chaque jour, il y a quelques semaines je me serais fait traité d’espion ou de voyeur, aujourd’hui j’exerce mon métier comme partout ailleurs, je marche heureux à côté de milliers de mes compatriotes sans aucune peur et surtout sans leur faire peur. Je suis fier qu’on puisse aujourd’hui partager un amour fraternel et une protection mutuelle, qu’on l’on ait su montrer au monde notre rage de vivre et notre civisme.

En tant qu’artiste, quel rôle penses-tu jouer dans le changement ?

Mon rôle n’a pas changé, pendant longtemps j’ai milité pour toutes les revendications actuelles, notamment avec Amnesty, L’ONU ou associations locales . J’ai créé beaucoup de projet qui m’ont été refusé à maintes reprises. Pour Timber Project j’ai vu le concert que j’avais organisé annulé la veille avec une trentaine d’artistes programmés, j’ai été interdit de passage à la radio, et j’ai subi bien d’autres pressions mais je n’ai jamais baissé les bras. Cette révolution nous la devons à un autre type d’artistes, ce sont tous les jeunes supporters du MCA, USMA et d’autres clubs de football qui nous ont donné le courage de sortir, ce sont ces taggeurs et grapheurs sortis de l’ombre avec des slogans à faire pâlir certains artistes qui nous ont insufflé la rage du changement. Mon rôle actuellement est de rester fidèle à ma démarche et témoigner à force d’image, films, photos… du travail de ces jeunes révolutionnaires. J’ai collaboré avec des artistes tel que Walid Bouchouchi sur sa fameuse affiche EL DJAZAIR MAHMIYA BI ECHA3B ou Serdas en les accompagnant dans leurs créations exposées dans la rue ce vendredi.

Que penses-tu de la surinformation à laquelle nous sommes exposés, particulièrement en ce moment ?

Surinformation, désinformation, nous sommes en effet bombardés d’images et d’infos, je crois qu’il est grand temps que les médias créent des processus, une vraie industrie, des agences photos, des journaux libres, des blogs ou sites d’informations crédibles pour que l’on puisse vérifier un minimum nos sources sans compter sur Facebook comme premier canal. Nous avons besoin de magazines spécialisés dans tous les domaines afin de donner accès à l’information à tout le monde.

Comment rêves-tu l’Algérie de demain ?

Je ne peux pas encore me prononcer sur la prochaine étape, il nous faut absolument nous serrer les coudes. Il nous faut parfois prendre du recul ou changer d’optique afin de faire une photo, c’est exactement la même chose avec ce qui se passe, nous n’avons pas encore le recul nécessaire pour pouvoir analyser, l’urgence actuelle est de réinvestir les rues, le paysage médiatique et notre espace public.

Une chose est sûre : l’Algérie dont je rêve c’est l’Algérie d’aujourd’hui.

Reslane Lounici

 

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