Mahmoud Yehia : L'art de manier les mots.

Mahmoud Yehia

© Mahmoud Yehia - (Shams)

Il y a de ces artistes qui captent votre attention dès le premier coup d’œil, vous ne savez pas pourquoi mais leurs œuvres vous parlent directement, clairement, vous touchent sans que vous n’ayez rien demandé. 

Mahmoud Yehia fait partie de ceux qui arrivent à jouer sur votre corde sensible sans grands efforts de persuasion.

Artiste designer il manipule les lettres pour leur donner l’incarnation visuelle de leur sens. Face à ses œuvres, nous n’avons pas besoin de savoir lire l’arabe pour reconnaître l’amour, l’amitié, un être cher ou la Palestine, son pays natal et l’amour de sa vie. 

Arrivé en suède en 2017 suite à l’appel de l’amour d’une femme, Mahmoud se lance dans des études de design, et c’est suite à un exercice donné par son professeur de design, qui consistait à faire une expérimentation sur l’alphabet latin, qu’il a eu l’idée de travailler sur l’alphabet arabe : «  J’ai fait l’exercice mais je ne me suis pas du tout senti connecté à ce travail, j’ai suggéré de le faire avec l’alphabet arabe et de là tout est parti. » 

L’artiste doté d’une sensibilité certaine s’applique depuis l’automne 2018 à développer des formes stables pour la plupart des lettres, cela a nécessité un engagement intense et un travail assidu digne des anciens calligraphes et leurs processus de formations, toutefois il ne faut pas confondre Typographie et Calligraphie car comme il nous l’explique : « La calligraphie a ses propres règles contrairement à la typographie. Tout simplement, la calligraphie traite de l’écriture manuscrite et la typographie traite du type et de la police de caractères, ce qui signifie qu’il existe déjà un ensemble prédéfini de formes avec lesquelles travailler. La différence est dans les outils utilisés, si vous considérez ces différences alors ce que je fais actuellement c’est de la typographie. »

Le choix des formes des lettres a commencé à s’imposer à lui au fur et à mesure de ses expérimentations, mais ses influences ont toujours été claires pour lui : « Quand il m’arrive de penser à un mot que je veux taper/dessiner j’ai immédiatement le rendu final en tête. Je n’exécute pas spécialement cette image, c’est plus une cartographie floue que l’image d’une idée claire. Dès le début de cette expérimentation j'ai su que je voulais quelque chose de simple et symbolique. Je suis très influencé par le Kufi et le symbolisme du Tifinagh Touareg, c’est de là que vient la géométrie de mes formes que je donne aux lettres. Il m’arrive de m’inspirer également de ce que je vois sur les réseaux sociaux, des posters de rue… Je suis grand fan de LP et des couvertures d’albums, on y trouve un travail fascinant difficile à retrouver ailleurs. »

Lorsqu’on parle d’écriture nous croyons à tort que le sens prime sur l’esthétique du trait. Mahmoud Yehia a été le premier surpris quand il a découvert auprès de son public que l’esthétique de son travail avait plus d’impact que le sens des mots illustrés, cela lui ouvre le champs de nouvelles expérimentations avec des artistes de différents horizons et de nouvelles pistes à explorer: « Je suis en contact avec plusieurs artistes pour des collaborations. Ça va être un peu difficile car ces artistes viennent d’autres domaines, je suis très excité et j’espère pouvoir offrir à mon public de nouvelles perspectives de mon travail. »

L'artiste de talent qu'est Mahmoud nous prouve encore une fois qu'il difficile de se limiter dans une seule discipline lorsqu'on nait artiste. Quel que soit l'outil ou le support, une oeuvre sincère finit toujours par rencontrer son public.

Reslane Lounici

Commentaires

Laisser une réponse