Le pupitre : la passion comme moteur de créativité

Le pupitre

© le pupitre

Au bout d’un an d’existence, Le pupitre est en phase de devenir le lieu incontournable de la création artistique de la capitale algérienne. Situé en plein centre-ville, sur le boulevard Zighoud Youcef, et faisant face au port d’Alger, l’appartement qui accueille les passionnés de théâtre et d’écriture a ouvert ses portes à trois artistes algériens aux univers très différents pour une exposition en septembre 2019.

Nous avons interviewé les deux fondateurs du pupitre, Lionel Longubardo et Abdelaziz Otmani, ainsi que l’organisatrice de l’exposition, Nahla Maache, notamment initiatrice du projet Heartistic.dz sur Instagram, afin de mieux connaitre leur démarche et leurs activités.  

 

Comment le pupitre est né ?

Lionel : Très jeune j’ai commencé à faire du théâtre et à l’enseigner vers l’âge de 18 ans, mon professeur voyait bien que j’étais autonome et m’a donc donné l’occasion d’animer des ateliers tout seul. Animé par l’envie de voyager je me suis tourné vers ma deuxième passion qui était l’enseignement. J’ai passé le concours d’enseignant et j’ai quitté la Normandie pour l’Algérie en 2006, où j’ai enseigné au lycée international Alexandre Dumas.

 Au bout de cinq années l’envie m’a repris de bouger, je suis parti au Venezuela et c’est là-bas où l’idée du pupitre est née.

Abdelaziz : J’ai eu un parcours littéraire, j’ai commencé avec la littérature anglophone puis me suis tourné vers un master pro (spécialité édition), à l’université de Toulouse, après lequel je suis rentré en Algérie où j’ai enseigné la littérature française à l’université. 

Après l’écriture d’un premier roman, l’idée du pupitre est née. Notre but est de transmettre ce qu’on sait faire à des gens que ça intéresse. Le pupitre a aujourd’hui un an d’existence, c’était une année assez difficile mais on continue d’y croire.

 

Quelles sont les difficultés auxquelles vous vous êtes confrontés lors de la création du Pupitre ?

Abdel : nous nous sommes rendus compte que la difficulté n’était pas tant la paperasse, mais le public, ce n’est pas que ça n’intéresse pas, mais le public algérois est plutôt habitué à avoir des activités similaires proposées gratuitement, alors que ce n’est jamais gratuit, les ONG et les institutions financent beaucoup ce genre d’initiative. Il y a aussi une dévalorisation culturelle et sociétale de l’activité artistique en tant que telle, comme quoi elle ne serait pas indispensable au développement de l’individu, c’est à nous d’en démontrer l’utilité et c’est notre mission.

A quoi peuvent s’attendre les gens en venant vous voir ?

Lionel : Dans le théâtre le public vient chercher des outils de développement personnel tels que : vaincre sa timidité, prendre la parole en public…

Dans mes ateliers je m’efforce essentiellement à établir une confiance dans le groupe et faire en sorte que les participants se sentent à l’aise. Les deux groupes que j’avais l’année dernière ont fini par vouloir travailler ensemble et c’était très gratifiant pour moi, que le théâtre arrive à créer de réels liens entre les gens.

Ils viennent au début à la recherche de quelque chose et découvrent d’autres plaisirs du théâtre auxquels ils n’auraient pas pensé.

Abdel : Le rapport qu’a le public à l’égard de l’écrivain est impressionnant ! Cette semi-divinité qui arrive à écrire des romans et à manipuler la langue les fascine. Mon objectif premier dans mes ateliers est de démontrer que tout le monde peut écrire du moment qu’on a une histoire qui mérite d’être racontée. Malgré les difficultés de la langue et du vocabulaire, on arrive toujours à transmettre une histoire, transmettre une émotion, une expérience… il est très important de désacraliser le rapport qu’a le public à la littérature et au roman.

Comment Avez-vous eu l’idée d’organiser des expositions au pupitre ?

Nahla Maache : tout s’est fait grâce à un ami qui connaissait mon projet Heartistic, qui est une galerie digitale sur instagram qui œuvre à promouvoir les travaux de jeunes artistes accompagnés de textes de jeunes auteurs en herbe. Lionel et Abdelaziz voulaient organiser des portes ouvertes pour les un an du pupitre et de là le projet a commencé.

Je me suis intéressée à l’art récemment grâce aux réseaux sociaux, moi-même j’avais beaucoup de choses à dire, je ne m’exprime pas spécialement bien, j’ai trouvé mon exutoire dans l’écriture, je me suis dit qu’il y avait forcément des personnes comme moi avec beaucoup de choses à dire.

Ma démarche rejoint celle du pupitre sur différents points. D’abord  l’écriture, qui aide énormément à se libérer de nos poids invisibles, et puis nous sommes tous des comédiens de théâtre dans notre quotidien, mais on finit toujours par être nous-mêmes derrière nos écrans.

Lionel : Après les journées portes ouvertes on pourra continuer à voir l’exposition des artistes : Yuzzra, Mimoune et Dzart 16. Nous comptons réorganiser d’autres expositions par la suite afin de rendre le lieu plus vivant et ouvert à tout le monde.

Quelles sont vos nouveautés pour la deuxième année du pupitre ?

Abdel : Cette année je propose pour l’atelier d’écriture une formation courte de trois mois, à l’issue de laquelle nous éditerons un recueil contenant les textes produits par tous les participants et chacun d’eux repartira avec son exemplaire.

Il faut savoir que les ateliers d’écriture sont destinés à toute personne qui a la volonté d’écrire, raconter des choses, éditer… Les techniques apprises lors des ateliers aident également les personnes contraintes d’écrire dans leur travail : recueils techniques, comptes rendus, rapports…

Nous lançons aussi une activité gratuite avec un club de lecture à voix haute, il s’agit d’apprendre à s’exprimer en public, à poser sa voix, à capter l’attention de son auditoire…etc. A côté de cela nous voudrions offrir une fois par mois une lecture de contes et petites histoires aux tout petits.

Lionel : Pour le théâtre cette année, avec les adultes, nous travaillerons sur la mise en scène de pièces courtes de Hadjar Bali.

Il y aura également des lectures de nouvelles avec le club de lecture.

 

Nahla, Abdelaziz et Lionel, nous prouvent par leurs engagements que la passion suffit à elle seule de créer de belles choses. La deuxième année du pupitre promet d’être extrêmement riche en ateliers, en production et en inspiration. Courez-y !

 Reslane Lounici

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